CARA A CARA

La Fondation Brownstone poursuit son soutien à la culture cubaine et présente dans le cadre de sa programmation l’exposition CARA A CARA « ONLINE » avec le regard croisé de trois photographes : Antoine d’Agata, Leandro Féal et Alejandro González.

De Mala Noche (1991-1997), la première série de photographies d’Antoine d’Agata, à Green Havana (2020) de Leandro Féal, en passant par AM-PM (2005) d’Alejandro González, le trio franco cubain nous présente leur vision du monde.

 
CARA CARA ON LINE and ON INSTAGRAM @fondationbrownstone
CURATORS : Samantha Barroero & Gilbert Brownstone
CONCEPTION : Laurent Friquet
 

 

 

CARA A CARA ANTOINE D'AGATAAntoine d’Agata est né en 1961 à Marseille. Son oeuvre photographique et cinématographique rend compte, de manière subjective et implacable, de l’état du monde. Il a fortement marqué les esprits avec son exposition Anticorps, au BAL, à Paris, en 2013. Il est membre de Magnum photos et son travail est représenté par Magnum Gallery et la Galerie des filles du Calvaire à Paris. Le photographe s’est toujours efforcé de percer les normes, les frontières, à ne pas vivre la société comme un ensemble qu’on documente mais un magma qu’on pénètre sans s’épargner. Ses images sont des gestes subjectifs qui visent à repousser les limites de la représentation visuelle et les normes entourant l’acte photographique. Le travail d’Antoine d’Agata prend la forme d’un journal autobiographique, récit chronologique de parcours désordonnés, confrontation intime à la violence du monde. Dans cette tentative fragile, le photographe devient l’objet de ses images, documente ce qu’il vit et vit chaque situation dans le dessein de la documenter. Acteur à part entière du programme qu’il se condamne à vivre, il est tenu de suivre à la lettre un plan de travail nourri du principe de l’action, suivant le même protocole inépuisable: traverser et être traversé par des expériences dont le dénominateur commun est l’excès.

En Mars 2020, dès le premier jour du confinement en France consécutif à l’épidémie de Covid-19, Antoine d’Agata a parcouru les rues de Paris avec une caméra thermique pour enregistrer, à sa manière, l’épisode viral qui a fait de la ville un étrange théâtre d’âmes errantes, de têtes baissées et de corps fuyants. Alors que le coronavirus déchire le continent et que les populations s’isolaient, il traque la chaleur emmagasinée par les corps, dans la rue d’abord, puis très vite dans les unités de soins continus et de réanimation Covid-19. Il produit en deux mois 13 000 images (6 500 dans le rues de la capitale, 6500 images dans divers hôpitaux où il photographie soignants et patients dans les services destinés à affronter l’épidémie du Covid-19, dormant parfois des jours durant au sein même des structures hospitalières, photographiant les interactions entre ambulanciers, docteurs, infirmiers, aide soignants et malades, les gestuelles médicales, d’hygiène ou de réconfort. Dans le cadre de 3ème scène, l’Opéra de Paris a commandé un film « La Vie Nue » avec des images extraites de cette série intitulée VIRUS. En juillet 2020, il présente une installation vidéo dans la cour de l’Archevêché d’Arles. En Octobre 2020, VIRUS est présenté simultanément à la Fondation Browstonne, au Carreau du Temple et à The Window à Paris, offrant un regard sur le Covid 19 et ses résonances sociales et politiques. Des projections, conférences et expositions de VIRUS ont déjà été réalisés en Italie, en Espagne en Géorgie et en Ukraine… L’installation VIRUS à la Fondation Brownstone 26 rue saint gilles 75003 Paris est prolongée jusqu’en 2021.

Antoine d’Agata a créé sa propre maison d’édition, Studio Vortex, avec laquelle il a publié Manifesto (2017), Acéphale (2018), S.T.A.S.I.S. (2019), et son nouvel opus VIRUS sorti le 29 octobre 2020. Un livre Bacon / D’Agata vient de paraître aux Editions The Eyes, avec les textes de Perrine Le Querrec et Léa Bismuth qui souligne les liens unissent le peintre et le photographe : « Il y aurait donc une zone franche pour laquelle le corps serait un champ d’intensité, d’action et de tension. Le photographe et le peintre ont choisi la nuit des chambres closes comme moyen d’accès à cette matrice énergétique, à la fois créatrice et destructive. »

INSTAGRAM : @antoinedagata

CARA A CARA LEANDRO FEAL

Leandro Feal (La Havane, 1986) est un artiste de la jeune génération de photographes cubains. Son travail maintient le caractère réservé et intime de la photographie domestique, d’où la spontanéité de ses cadres et le naturel avec lequel ses personnages font face à la caméra. Le fondement anthropologique de son travail doit beaucoup à son passage à la «Art of Conduct Chair» dirigée par Tania Bruguera et axée sur l’autonomisation des pratiques relationnelles dans l’art. Cette expérience associée à un examen attentif de la vie quotidienne font la singularité de ses photographies. Ces dernières années son intérêt s’est concentré sur le Cuba d’aujourd’hui. Les grands changements sociaux vécus sur l’île, ainsi que dans l’imaginaire qui les accompagne, ont orienté son travail vers une expressivité et une aisance très particulières, en phase avec la dynamique contextuelle d’un nouveau type. Son travail a été exposé à Cuba dans des espaces tels que le Musée national des beaux-arts de La Havane (MNBA), le Centre pour le développement des arts visuels (CDAV), la galerie Servando et le Centre provincial des arts plastiques et du design. Également dans d’autres institutions étrangères pertinentes, parmi lesquelles le Pérez Art Museum Miami (PAMM), aux États-Unis; la galerie continua, en France; le Centre Laznia pour l’art contemporain, en Pologne; le Centre-Musée Basque d’Art Contemporain et le Centre Atlantique d’Art Moderne, tous deux en Espagne.Outre le développement des projets d’exposition «Yo no hablo con fotografos», Servando Gallery (2018) et «Blow Up, Blow Up» (avec Joan Fontcuberta), El Apartamento (2016), Leandro a participé à la Biennale de Pontevedra (Galice, Espagne) et à la Biennale de Kochi Muziris (Kochi, Inde).

INSTAGRAM : @leandrofeal

CARA A CARA ALEJANDRO GONZALEZAlejandro González est né en 1974 à La Havane, Cuba. Après avoir suivi les ateliers de photographies de Diego Goldberg, Luis González Palma et Edgar Moreno, il entre en résidence à l’École supérieure des arts et médias de Cologne, en 2002. En 2009, il reçoit le prix Casa de las Americas de Cuba, section photographie. Il a exposé au Musée Alvar Aalto en Finlande, au Musée des Beaux-Arts de Houston, au Museé du Quai Branly à Paris, à la Kyotographie au Japon, entre autres. Son travail fait partie des collections du Walker Art Center de Minneapolis, du Museum of Latin American Art de Los Angeles et du National Museum of Fine Arts de Cuba.

Alejandro González documente la culture contemporaine cubaine, mettant l’accent sur la diversité du peuple cubain et mettant en évidence des aspects de la société qui sont souvent négligés dans le courant dominant. González est la voix des dépréciés, des cachés et des oubliés. Sa première série photographique de 1999-2000 a documenté la nature transitoire et la précarité du temps, des espaces et des individus à la fin des années 90 à La Havane après la désintégration de l’Union soviétique. Dans AM-PM (2005) et Improper Behavior (2008), les deux séries présentées dans l’exposition Cara a Cara Online – avec les œuvres d’Antoine d’Agata et Leandro Féal Fondation Brownstone nov. – déc. 2020 – , il défend l’éthique, l’esthétique et les droits des jugés hors-normes, en raison de leurs modes de vie ou préférences sexuelles. Dans Re-construction (2012-2015), il affirme sa motivation politique avec une série de photos-essais renversants où il reconstruit les scénarios de moments sensibles de l’histoire cubaine. Cette méthode de mise en scène est reprise dans la plus récente série de González Beating around the bush (2017), où il raconte le cycle de la genèse et de la chute d’un système politique avec du carton.

Les photos d’Alejandro González sont un témoignage vivant sur la jeunesse cubaine des années 2000, sur ceux qui n’ont jamais entretenu d’illusions sur le socialisme réel, ou les laissés pour compte du capitalisme d’État. C’est ainsi qu’il concluait un entretien donné en 2012 la Biennale de La Havane :« Ce reportage est un dialogue sur le passé, le présent et l’avenir de Cuba à travers cette génération, pour affirmer son état de rébellion, ses plaisirs, ses angoisses, son ingéniosité, ses doutes, sers frustrations, ses espoirs, ses joies… »

INSTAGRAM : @alejandrogonzalezmendez